Ils nous inspirent

ALEXIA DE BERNARDY

1 – Votre autoportrait en quelques mots ?

Consciencieuse, travaillomane, tenace, très ancrée dans mes valeurs et dans mes convictions, alignée, j’ai besoin de donner du sens à ce que je fais. Je vais jusqu’au bout de mes idées et de mes questionnements, et fais appel à une créativité non-stop pour être en phase avec mes valeurs. Et ce n’est pas de tout repos ! Un gros travail de développement personnel depuis plus de 20 ans m’a beaucoup aidée à « régler » mes problèmes d’ego et à mieux comprendre mon parcours de « rebelle » dans lequel je me suis engagée très tôt. Aujourd’hui, je me sens très libre d’être moi-même, de faire les choix que je fais (professionnels, personnels, rencontres,…). Mes antennes sont déployées en permanence, je suis très perméable aux personnalités décalées et très touchée par les histoires de personnes en quête de sens.

2- Quel est votre emblème ?

L’œuf ! Pour son aspect simple, frugal, solide et fragile à la fois. Pour sa forme travaillée, optimisée, c’est une belle réalisation ! Et puis parce qu’il est porteur de plein de richesse, d’avenir, de fécondité.

3 – On dit de vous que vous êtes une serial entrepreneuse : si vous deviez créer une nouvelle start up aujourd’hui, que feriez-vous ?

Celle que je viens de créer, la WE box, l’engagement par le lien. La WE box propose des outils du quotidien pour que l’entreprise devienne un véritable moteur d’engagement et d’agilité.

Cette nouvelle entreprise est un mélange de quête de sens, de volonté de contribuer à un monde meilleur, avec un terrain de jeu idéal : digital pour toucher le plus grand nombre et qui travaille sur la relation humaine.

4 – On dit de vous que vous êtes un serial investor. Si vous deviez investir aujourd’hui dans une start-up, laquelle serait-ce ?

Ce n’est pas simple aujourd’hui car je trouve qu’il y a beaucoup de sujets qui ont été disruptés. Les nouvelles start-up que l’on voit sont beaucoup moins disruptives et cela manque souvent de « fond ». Or, le travail sur le fond c’est très important !

Je suis très sensible aux projets qui ont une forte barrière à l’entrée, qui sont solides en termes d’équipe, d’atouts. Cela peut-être par exemple une énergie extraordinaire chez le porteur de projet, tout simplement.

5 – Que pensez-vous de la société aujourd’hui ? Et des nouvelles générations en particulier ?

La société d’aujourd’hui ? Je trouve qu’elle est géniale ! Elle s’est libérée des codes à toutes ses strates, même s’il y a encore du boulot ! Et cela libère des énergies. On a accès à l’information, on peut contacter des personnes facilement, être mis en relation simplement, c’est carte blanche !

6 – Quelle entreprise vous inspire aujourd’hui ? et pourquoi ?

Je ne l’ai pas encore trouvée ! Ce qui m’inspire c’est plus un melting pot de personnalités inspirantes : celles qui vont au bout de leurs convictions, assument totalement leurs valeurs, qui ne font pas de concession sur leurs projets, qui ne sont pas très conventionnelles, codifiées, qui prennent des risques, sont libérées, drôles,…

Par exemple, je suis inspirée par des personnalités comme Florence Servan-Schreiber et Mathieu Ricard, mais aussi par des entrepreneurs comme les créateurs de Blablacar ou de la startup Feed (feed.co).

7- Que pensez vous de l’écosystème des start-up aujourd’hui ?

Pour moi, une start-up est une société qui a un schéma de croissance très rapide et qui a besoin de lever des fonds pour se développer de manière industrielle.

Mais ce terme de start-up est un peu galvaudé aujourd’hui, c’est surtout du marketing… Il y a beaucoup de start-up qui manquent de fond et qui arrivent à produire, même sans qu’il y ait du sens. Mais je ne souhaite pas rentrer dans ce débat.

 

 

 

 

8 – Que pensez vous de l’écosystème des investisseurs aujourd’hui ?

Je côtoie surtout l’écosystème des Business Angels (BA) et des fonds de BA. Pour un BA, l’investissement peut être comme un jeu, une loterie, en fonction de l’actionnaire. Il y a 80% d’émotionnel dans le choix de l’investissement : « Je vais en retirer quelque chose personnellement et je me fais plaisir ». Mais avec des investisseurs plus rôdés, la démarche est beaucoup plus méthodique, plus professionnelle.

Le problème aujourd’hui est le sourcing des dossiers.

Et pour les jeunes start-up, il est de plus en plus dur et long de lever des fonds d’amorçage. Il faut désormais compter 10 mois pour lever des fonds alors qu’il n’en fallait que 6 il y a quelques années. Une relation de confiance doit se créer entre la start-up et l’investisseur potentiel.

9 – Quelle a été votre principale qualité pour conduire au succès votre start-up Filapi ?

Ma ténacité, ma créativité et ma capacité à anticiper la trésorerie à tous les instants.

10- Quelle a été votre plus grande erreur ?

J’en ai fait deux :

  • Tout d’abord dans le recrutement des personnes. Avec la fatigue, la peur , le stress, on a tendance à se rapprocher des personnes qui nous rassurent (on les connait, elles nous font du bien,…) mais ce ne sont pas forcément les bonnes personnes. Pour ma dernière société, la WE box, j’ai mis une annonce pour trouver mon associé, avec une fiche de poste. Le plus important est l’alignement avec mes valeurs et le sens que je veux donner à mon entreprise.
  • La deuxième erreur, c’est le revers de la ténacité : l’acharnement ! Il est important d’accepter de se poser, ne pas être dans la fuite en avant.

11 – Quand vous coachez des start-up, quels sont les conseils qui reviennent systématiquement ?

On minimise trop souvent la difficulté du commercial et de la vente. L’entrepreneur est généralement davantage drivé par son idée. On ne dit pas assez qu’il faut aller « chercher le client » , et c’est plus difficile qu’on ne le pense : trouver le bon message, qui touche, savoir industrialiser son idée… Car aujourd’hui, tout le monde est sollicité, et il faut arriver à sortir du lot . Il faudrait dégager 50% de son temps pour faire du commercial. Une bonne idée ne suffit pas.

14 – Frugalité, levée de fonds et start-up : qu’est ce que cela vous inspire ?

C’est un vrai sujet ! Attention aux activités qui brûlent beaucoup de cash. Car on peut passer beaucoup de temps à chercher du cash ! jusqu’à 25% de son temps… Ce qui était le cas avec ma première société Filapi. La gestion du cash, c’est une vraie stratégie industrielle !

Avec ma nouvelle société, la WE box, mon approche est différente. J’ai fait un premier travail sur le sens et les objectifs (désengagement des salariés, burn out,…). Puis, au-delà des importants investissements digitaux,  on a construit et développé la société de manière frugale car on ne souhaite pas d’une activité trop « cash consuming ». On fait tout nous-mêmes (communication, outils, commercialisation…). On travaille dans des bureaux en co-working. Les frais sont très limités. On vit pleinement les vertus de la frugalité, convaincus que c’est lorsque l’on est face à un problème que l’on trouve des solutions et la frugalité nous permet d’être encore plus créatifs !

15 – Une anecdote d’entrepreneuse à partager ?

C’était avec ma société Filapi. J’étais enceinte de 8 mois, en pleine quête de cash, en phase de levée de fonds et j’organisais l’anniversaire de ma fille. Un papa d’une des petites copines de ma fille me demande alors ce que je faisais avec Filapi. Et il décide d’investir 50 000 euros !

Toute occasion d’être en accord et en lien avec son écosystème est bonne à saisir ! Mais attention à ne pas trop saoûler son entourage quand même…

16 – Un mot de la fin inspirant ?

Une expression de Soeur Emmanuelle : « Yallah ! »

http://www.lawebox.com

La WE box déploie une expérience digitale pour faire du quotidien une forme de team building, il s'agit d'un challenge d'équipe qui ancre les comportements managériaux et les liens entre collaborateurs dans la durée.